Textes d'ateliers

Ecrire année 1 (mardi)

La sonnette est réservée à ceux qui ne connaissent pas les usages de la maison. Il suffit de pousser la porte d’en bas, et les tubes de cuivre du carillon s’entrechoquent joyeusement pour annoncer votre arrivée.
L’escalier droit démarre juste derrière. Etroit, il est bordé de deux rampes de bois poli, rendu soyeux par le frottement des innombrables mains qui s’y sont appuyées : mains âgées qui ont trouvé là une sécurité ou mains impatientes de jeunes qui grimpent les marches deux à deux  mains gantées de laine ou de cuir ou mains terreuses qui reviennent du jardin  mains amies si nombreuses mais aussi mains ennemies qui ont occupé la maison pendant la guerre, elles se succèdent, semblables et différentes, au fil des générations.

Ecrire année 1 (samedi)

Assis en bout de table, il fixe la carafe d’eau, la mâchoire serrée, le corps tendu, les mains croisées si fort que les articulations blanchies laissent entrevoir l’os au travers de la peau fine.

Il boit son café noir sucré, les rides autour de ses yeux gris sont profondes, ses joues maigres sont affaissées, les plis dans son cou sont si nombreux que sa peau ressemble à du papier fin froissé.

Il parle, il parle, il aime raconter son enfance, à chaque anecdote, son corps voûté se dresse, ses bras maigres s’agitent, ses mains virevoltent.

Collectif du samedi

Ecrire année 2

Masha était seule dans la grande pièce. Des murs blancs, impeccables, fraichement repeints, des affiches sous verres, des paysages, comme des fenêtres ouvertes sur un monde rassurant, maternel, étouffant. Les vitres de verre dépoli protégeaient l'intimité de l'endroit. Derrière, des ombres flottaient, passaient, ignorantes et anonymes. Masha était assise sur le siège le plus près de la porte. Posée du bout des fesses. Pieds tendus, sur la pointe. On imaginait ses muscles, durs, sous le tissus serré de son jean. Comme une impatience, un léger tremblement agitait sa jambe droite.

Atelier en ligne

Il voulait partir à Saint Etienne, trouver une place.
Au début de l’automne, il franchit le pas.
Il quitte Passelaigue , ses racines, ses frères, ses pairs, sa terre.
Il traverse les Cévennes, il croise des cévenols, il rencontre un bûcheron qui lui donne du travail pendant l’hiver. Peu importe son nom.
Leurs gestes s’accordent, le travail se fait, ils sont satisfaits.
Deux hommes dans le silence de la forêt, se comprennent sans parler.
Il continue sa route vers le Nord.
Il suit le Lignon , les bruits du torrent le remue, il se surprend à chanter,
les gorges de la rivière font écho, il marche d’un pas léger.
Il n’avait pas chanté depuis longtemps.

Biographie et autobiographie

Je pense que j’aurais pu l’écrire en ces termes, car parler m’est toujours difficile. Chers parents, ai-je fait le bon choix ? Postier comme mon grand-père. Plus de quatre ans maintenant sur ce vélo à circuler dans Paris, par tous les temps, été comme hiver, - en 1956, j’ai chuté plusieurs fois sur le verglas - partir à cinq heures du matin pour rejoindre le bureau des Abbesses et être de retour le soir à vingt-deux heures ; grimper des étages toute la journée, souvent à pied, par les escaliers de service, et parfois pour rien, quand le destinataire est absent ; pédaler dans les ruelles pentues de la Butte Montmartre  traverser le bois de Boulogne la nuit par les sentiers sans éclairage, au risque de percuter un arbre  s’accrocher avec des concierges acariâtres ou des clients exigeants  et maintenant que je suis dans le neuvième, livrer les paquets en triporteur, paquets que nous devons récupérer à la poste du Louvre ou dans un garage du dix-huitième. Dans quelques mois c’est le départ pour le service militaire, en Algérie  referai-je les mêmes choses après ces vingt-huit mois ?

Suivi de manuscrits

Personne n’avait pu arriver au puits au milieu de la cour déserte. Les Boches s’étaient retranchés dans les bois derrière la ferme. Nous avions atteint la grange. Deux des nôtres étaient blessés et réclamaient à boire. Bastien en avait dégommé un qui nous canardait perché dans les arbres. Ça s’était calmé, mais on allait tous y passer si on continuait à se tirailler dessus comme ça.

Groupe d'écriture nouvelles

La côte n'est plus très loin, mais elle est masquée par une brume d'été épaisse comme un brouillard du Nord. Le Djebel Dira s'y enfonce en aveugle guidé par sa corne de brume, en écho à celle, plus longue et plus grave, qui nous parvient du port, à l'extrémité de la jetée. Silence étrange sur le pont. Des ordres brefs, criés au porte-voix, tombent de la dunette et les hommes d'équipage déroulent les lourdes cordes d'amarrage. Soudain une grande clameur, cris, applaudissements et youyous... Le soleil déchire à l'instant le rideau de brume et, du grand trou de ciel bleu, surgissent des dizaines de mouettes effrontées et criardes qui rasent le bastingage se disputant les morceaux de fruits et de pain que lancent les enfants.

Groupe d'écriture textes longs

La blessure de son cœur déchiré
la tient éveillée.

La cloche du cloître sonne matines.
L'araignée a tissé son réseau dans le coin de la lucarne de sa cellule. Le soleil naissant colore de vert et d'ors les fils iridescents. La beauté suffoque la novice aux yeux perlés de larmes. Elle ne sait plus. Il était venu la chercher. Elle n'a pas osé. Le voile... Elle aurait du braver l'interdit. Elle l'a laissé partir...
La cloche du cloître sonne matines.