Ecrire année 2

Je vais me recoucher. Les toilettes étaient encore propres après le petit-déjeuner. Il n’y a personne dans le couloir. Je suis la dernière comme d’habitude. J’avance très lentement. Le lino ciré brille sous les néons. Mais le vieux aura vite fait de dégueulasser les deux WC. Malgré ses couches, on doit lui changer son bas de survêtement plusieurs fois par jour. Avant midi, c’est sûr, on ne pourra déjà plus aller aux toilettes sans vomir. Il faudra tenir jusqu’à demain matin.

Ça fait mal. J’ai les muscles tout durs et atrophiés. C’est de plus en plus difficile d’avancer. La piqûre de tout à l’heure réactive les effets du poison qu’ils m’injectent. Mais je résiste, j’ai réussi à manger et je vais reprendre des forces. Chambre 204. Moi c’est la 210. Ils m’ont regardée bizarrement ce matin. Je sens qu’il y en a un derrière ma porte. Il m’attend pour me sauter dessus. Je m’arrête. Mon coeur va exploser, ma tête aussi. Ça tape tellement fort qu’il doit m’entendre derrière la porte. Il sait que j’arrive. Il se prépare à bondir. Je voudrais hurler mais avec leur saleté de camisole chimique je suis paralysée. Mon échine se serre… La panique du mouton à l’abattoir. Les longs murs blancs basculent devant moi. Fondu au noir.
Je me vois d’en haut me relever à quatre pattes. C’est moi ce corps tout crochu qui se bave dessus, incapable de tenir debout ? Comme cet étudiant handicapé au visage grimaçant que j’avais regardé descendre du bus agrippé à ses béquilles à l’arrêt de la fac de sciences. En me concentrant, je tiens à peu près sur mes jambes. J’ai encore la tête qui tourne, je repars en traînant les pieds dans mes mules. Je peux glisser. Pfft, pfft, je suis vivante. Je me dandine comme sur des skis de fond jusqu’à ma chambre.
Film policier. Je suis en apnée. Mon cœur s’emballe devant la porte. Brutalement je l’ouvre en plein. Personne dans la chambre. Ni derrière la porte, que je referme sans bruit. Personne sous le lavabo. Personne sous mon lit. Je tourne le loquet, l’air envahit mes poumons. Essoufflée, je me jette sur mon lit. Mes constantes revenues à la normale, je ferme les yeux.
Bree