Atelier en ligne

La pièce est blanchâtre, probablement éclairée par des spots. Au fond de la pièce, une porte. Une porte qui se détache à peine du mur, une porte qui veut passer inaperçue. La sortie. Un tableau des jours de permanence accroché au mur, tableau de permanence, roulement, remplacement, relais pour assurer la sécurité de la zone. L’aéroport, point de départ, point d’arrivée. Force centrifuge qui attire les hommes et les femmes par milliers, élan de nomadisme, quête d’un ailleurs qui peut prendre les couleurs de ce bureau mal éclairé. Hommes jeunes, mouvement de jambe en pantalon
noir, pris sur le vif, jambes qui balancent et qui accourent. Entre ces jambes nombreuses et noires, aux postures assurées, un pied en l’air ou un corps accroupi. Juste entre ces jambes, une paire de pantalons noirs à taille haute, un visage à la peau noire. Un jeune homme est allongé sur le sol. Sweat-shirt rouge, jean sale, cheveux courts. Etendu sur le côté, il a les genoux repliés et les mains dans le dos, croisées. Stoppé net. Regard vers les visages des hommes tout autour, vers le ciel, regard qui s’échappe. Les hommes aux jambes noires s’interrogent, s’interpellent. Uniformes de la police des frontières, blasons rouges et bleus cousus, chemises bleues, ceinturons noirs, cravates bleu marine, dos larges. Deux hommes debout, deux hommes penchés, accroupis. Ils encadrent le jeune homme. Fouille minutieuse, un derrière, un devant, quatre hommes contre un ? Que cherchent-ils ? Que craignent-ils ? Vos papiers s’il vous plaît. D’où venez-vous, où allez-vous ? Avez-vous le droit d’exister sur ce sol ? Des mailles fines et serrées, des hommes bien rangés sur leur sol, un ballet ralenti autour d’un jeune homme à terre. Ils s’agrippent, questionnent, s’agenouillent. Contenir la fuite, l’improbable, contrôler les aspects rugueux, le cheveu qui dépasse, le regard de biais, le défi d'un visage. Contrôler les silhouettes encombrantes qui débarquent, celles qui n’ont pas de bagages à retirer, pas de bagages à enregistrer. Zone d’attente, entre-deux, zone de réacheminement, merci de vous être déplacé, bienvenue en France.

Céline Bernard
D’après une photo de Thomas Jouanneau (expo. "Bienvenue en France !")