C’est Vic qui a commencé la discussion. Je ne me souviens plus de ce qu’elle a dit. C’était la première fois, que j’osais vraiment la regarder. Je vis d’abord ses yeux, deux petites taches très brunes au centre, qui se fondaient ensuite dans un ocre terre de Sienne. Ses cheveux blonds, très clairs, paraissaient presque jaunes. Ils étaient coupés dans tous les sens, en escalier, sur sa tête. Ça faisait, sur les côtés, des sortes de marches de différentes hauteurs, avec au-dessus, des touffes de cheveux très droits, comme des pics. J’ai baissé les yeux lorsque les siens m’ont cherché. Son regard me gênait. Elle m’a expliqué qu’elle avait voulu se coiffer comme Siouxsie Siouxse, la chanteuse des Banshees. Elle avait commencé prudemment, mais dans la glace tout était à l’envers. Alors ça l’avait énervée et elle avait fini par donner des grands coups de ciseaux dans tous les sens. Moi, je trouvais que ça lui allait bien même si ce n’était pas la même coupe que Siouxsie. J’ai bredouillé deux ou trois mots pour le lui dire. Je crois qu’elle n’a pas compris.
Par moment, Vic s’arrêtait, ses dents pinçaient sa lèvre inférieure qui perdait peu à peu sa couleur rose pour devenir blanche. Ses yeux restaient mi-clos. Son front se plissait. Elle semblait inquiète. Ça durait quelques secondes, avant que son sourire ne revienne, qu’elle s’exprime de nouveau. Je guettais ses moments de silence. A cet instant, j’aurais voulu prendre sa main, ou lui caresser lentement la joue, juste à l’endroit où une petite ride se formait, un petit trait qui accentuait sa pommette. Je ne l’ai pas fait. Une immense carapace de verre semblait la recouvrir. J’avais peur de tout briser. J’ai juste capturé cette image, comme avec un appareil photo. Quand je pense à elle, c’est toujours comme ça que je l’imagine, pinçant sa lèvre inférieure avec ses dents.
Daniel Viollet