"Déjeuner de famille" de John Cheever
La première Rencontre littéraire était consacrée à l’écrivain américain John Cheever, peu connu en France, écrivain culte aux Etats-Unis, auteur de quelques deux cents nouvelles, disparu en 1982, à l’âge de soixante-dix ans.
Tout au long de son œuvre, il s’est employé à peindre ce qu’il connaissait le mieux : sa propre vie, le milieu dont il est issu, créant un univers fictionnel limité, celui de gens ordinaires , bourgeois de la « middle class » américaine, englués dans leur conformisme, obnubilés par la réussite sociale, incapables de cerner leurs véritables désirs, en quête de quelque chose qu’ils ne savent pas nommer ou qu’ils auraient peur de découvrir, des personnages à la limite de la morbidité, pour qui le souci de préserver les apparences devient un réflexe de survie.
Tout au long de son œuvre, il s’est employé à peindre ce qu’il connaissait le mieux : sa propre vie, le milieu dont il est issu, créant un univers fictionnel limité, celui de gens ordinaires , bourgeois de la « middle class » américaine, englués dans leur conformisme, obnubilés par la réussite sociale, incapables de cerner leurs véritables désirs, en quête de quelque chose qu’ils ne savent pas nommer ou qu’ils auraient peur de découvrir, des personnages à la limite de la morbidité, pour qui le souci de préserver les apparences devient un réflexe de survie.
Nous avions choisi une nouvelle intitulée « Déjeuner de famille » . La lecture qu’en a fait A.-M. Mathey , lecture précise, sensible a permis à tous de saisir combien cette nouvelle est particulièrement représentative de l’univers singulier de Cheever, mais surtout combien elle est exemplaire. Elle condense en un bref espace-temps un nœud relationnel complexe, fait de tensions, de non-dits, de faux semblants.
Phrases apparemment anodines, mots simples pour dire la normalité du milieu social, voire la médiocrité satisfaite, mais langue experte qui capte avec acuité l’imperceptible, l’insaisissable, qui rend palpable le malaise, l’étouffement mais aussi la fragilité des êtres, des liens qui les relient. Le récit est pourtant mené rondement, efficacement, sans fioritures, sans commentaires , sans perte de temps . Dès la première phrase : "il arriva le premier comme on pouvait s’y attendre", le lecteur est embarqué dans l’histoire. Pas de jugements, mais des faits, des dialogues qui font émerger les divers personnages, leur personnalité,leurs sentiments de façon dynamique. Réminiscences, monologue intérieur pour dire les tergiversations du personnage principal ; puis les dialogues s’interrompent, le récit se poursuit sur un rythme ralenti, propre à la lourdeur digestive de ce déjeuner dominical. Voici la fin : tout s’accélère, la parole circule à nouveau, les répliques fusent, les échanges deviennent pathétiques, c’est la déroute…
Il a suffi à Cheever de quelques pages pour nous immerger dans une ambiance familiale, un milieu social, une époque, pour faire exister des personnages, nouer une intrigue et terminer par une chute qui laisse le lecteur libre de son interprétation.
Marie Beneyton et Janine Dexmier
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