Charles Juliet : rencontre autour de deux nouvelles inédites
Belle rencontre, avec Charles Juliet, vendredi 12 décembre à Paragraphe. Présenté avec beaucoup de justesse par Janine Dexmier, il nous a fait cadeau de deux nouvelles inédites, la première lue par A.M. Mathey, la suivante par lui-même.
Ces nouvelles « qui lui sont venues comme ça, cet été, sans le vouloir » ont été le point de départ d’un échange sur son expérience de l’écriture.
Les questions, d’une qualité à la mesure de la qualité de l’écoute, ont amené une explicitation de sa conception de l’écriture, en totale adéquation avec celle de Paragraphe.
Utiliser une langue dépouillée, ôter les scories, travailler et travailler encore, jusqu’à trouver le mot inévitable, atteindre l’élégance de la structure, donner à la phrase ce rythme qui fera que le texte résonne chez le lecteur comme une évidence.
Comment livrer l’intime sans tomber dans la complaisance, Charles Juliet a insisté sur ce point sensible de l’œuvre autobiographique. C’est réaliser un subtil équilibre entre « laisser venir » « être fidèle a ses perceptions » et en même temps « ne pas être trop près » « trouver la bonne distance » C’est concilier les contraires dans une spontanéité maitrisée.
Sincérité, exigence, simplicité, tel apparait l’écrivain, Charles Juliet, dans ses écrits. Tel est apparu l’homme, Charles Juliet, au cours de la soirée. Pas un mot de trop dans le discours, plutôt le silence qu’une approximation. Mots pesés, qui traduisent le souci d’exprimer au plus juste la pensée. Mots qui disent le travail lent, douloureux, acharné, pour creuser au fond de soi, détruire ce qui fait écran, creuser encore, jusqu’à identifier, nommer, devenir celui que l’on est, et que l’on ne connaissait pas.
Ce que Charles Juliet a su nous faire ressentir avec acuité, c’est la puissance de l’écriture, qui, par la seule force des mots, permet à l’être de se dégager de la confusion pour accéder à la connaissance, à l’existence.
L’éclairage qu’il a apporté permet de mieux comprendre comment, ses écrits autobiographiques, sont œuvre d’écriture avant tout. Ils disent l’universel à travers le singulier et transforment un vécu personnel en parcelle d’humanité.
Marie Beneyton